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Fairfield Osborn- La planète au pillage (A lire)

"L'idée d'écrire ce livre m'est venue à la fin de la seconde guerre mondiale. Il me semblait à cette époque que l'humanité se trouvait engagée non pas en un mais en deux conflits de première grandeur, pas seulement en celui qui occupait à lui seul les titres des journaux, la radio, les esprits, les coeurs et les souffrances des peuples à travers le monde entier, l'autre guerre, la silencieuse, mais qui au bout du compte pourrait bien s'avérer la plus meurtrière, étant celle à laquelle l'homme se livre depuis si longtemps, aveuglément et en toute ignorance.
Cette autre guerre mondiale, qui continue toujours, apporte à la race humaine des détresses plus vastes et plus générales que n'a pu faire jusqu'ici aucun conflit armé ; le désastre final pourrait être pire que celui provoqué par un abus de l'arme atomique.
Cette autre guerre, c'est celle de l'homme contre la nature.(...)
"Le mot nature est l'un de ceux dont la signification est la plus étendue. Au sens large, il se réfère au schéma général de l'univers. Au sens étroit, il ne désigne plus que le caractère d'un individu, ou encore les impulsions ou forces inhérentes par lesquelles son caractère se trouve déterminé ou contrôlé. La nature représente en réalité la somme totale des conditions et principes qui influencent ou plus exactement conditionnent l'existence de tout ce qui a vie, y compris l'homme lui-même.
Le but de ce livre n'est pas seulement d'établir le bien fondé de cette définition, mais encore et surtout de montrer que, si nous continuons à faire fi de la nature et de ses principes, les jours de notre civilisation sont dès maintenant comptés.... " Fairfield Osborn (1948)

Extraits de la préface du livre "La planète au pillage" de Fairfield Osborn écrite par Pierre Rabhi

" ... L'homme moderne non seulement ignore la nature à laquelle il doit la vie, mais en a probablement peur. L'homme moderne, confiné dans une cellule appelée logement, ignore jusqu'à la provenance de sa nourriture et des biens élémentaires dont il dispose. Pris en otage, il n'est plus en mesure de percevoir toutes les confiscations qui lui sont faites. Son monde est parallèle et non intégré au réel. Il est standardisé et subordonné à la loi du pillage dont il est par son insatiabilité le meilleur promoteur. Pousseur de Caddie toujours insatisfait, il parcourt les allées de la surabondance, cueilleur indolent et consentant de tout ce que les pouvoirs de la marchandise et du lucre mettent à la portée de ses mains. L'homme et la femme modernes ont acquis le statut de consommateur, et les politiciens et les pseudo-économistes comptent sur leur avidité, considérée comme un acte civique, pour hausser le PIB et le PNB de leur nation avec un pouvoir d'achat sans cesse revendiqué, sans cesse insuffisant.

Il y a plus de tristesse que de sarcasme dans ces considérations car le monde de la surabondance aliène et outrage la personne humaine en la manipulant chaque jour, lui donnant artificiellement et habilement la sensation du manque et de la pénurie dans un univers d'insécurité, de frénésie et de solitude dont la consommation serait l'antidote. Tout cela blesse le coeur et l'intelligence......

.... Quand on met en relation les charges et les produits pour faire apparaître un résultat positif, il faut que l'analytique soit juste : où met-on dans le compte de charges, la destruction des sols, de la faune, de la flore, où met-on l'aliénation immense d'une population entière détruite dans son être moral pour en faire des consommateurs ? Nulle part. La politique de gribouille continue.

Il est temps de forger ensemble des contre-pouvoirs humains à cette gangrène, afin de permettre au genre humain une convivialité planétaire, que serviraient les programmes éducatifs et la mutualisation des compétences, pour lui donner un caractère hautement révolutionnaire.

Avec ces attributs spécifiques, entendement, conscience, libre arbitre, créativité, habileté manuelle, la vocation de l'être humain ne serait-elle pas d'aimer et de prendre soin de lui-même, et des autres et de la nature ? S'enchanter, vibrer à la beauté, ne serait-ce pas notre spécificité et notre plus belle contribution à la beauté du monde ? La réponse appartient à chacune et à chacun. Une certitude cependant, le pillage et l'avidité que nous appelons économie outragent l'intelligence et ne nous permettent pas d'accéder à ce bien-être suprême, la joie d'être."

Pierre Rabhi juillet 2008

Pierre Rabhi, Paysan, penseur, auteur et conférencier, initiateur de l'association "Terre et humanisme", a lancé "Colibris- Le mouvement pour la terre et l'humanisme". A écrit "Du Sahara aux Cévennes", "Graines de possibles" co-signé avec Nicolas Hulot....